Cloud ou pas cloud ?

Vous n’avez pas pu y échapper, toutes les grosses boites d’informatique (matériel et/ou logiciel) en font des caisses, le bonheur n’est plus dans le pré, il est dans le cloud. Du point de vue des métaphores, ils se font plaisir, vous montrent des espaces éthérés, des gens qui sourient, ne vous montrent bien sûr aucun ordinateur; ne manque que la gamine qui se vautre dans le générique de la petite maison dans la prairie. La question que je me pose, c’est : une fois passée la pub, si on se concentre deux secondes (ou plus) sur ce qu’est le cloud, bonne idée ou pas ? Pour ma part, c’est peut-être la pire des solutions envisageables pour votre société, et de loin…

Putain, mais c’est quoi le cloud ?

Les annonceurs eux-mêmes n’y comprennent rien…on pourrait croire que le cloud, ça permet de montrer à son grand-père une vidéo d’un gamin qui joue avec un cadeau de Noël (pub Microsoft) ou de croire que ça rend les villes intelligentes (pub IBM). Le cloud, en réalité, est un concept relativement simple à définir : le cloud, ou plus précisément le cloud computing, c’est le fait de réaliser quelque part sur le réseau des opérations qu’on effectue plutôt classiquement en local.

Ce qui est important, en l’occurrence, c’est « quelque part sur le réseau »; ce qui définit le cloud, c’est le fait que l’utilisateur ne sait pas (et s’en fout) où le traitement est effectué.

Qu’on soit clair, le cloud computing n’a rien de nouveau : si vous avez un webmail (et pour être précis, si vous n’êtes pas administrateur du serveur de mail), vous êtes dans le cloud…

Du marketing, donc ?

D’un certain point de vue, oui…du marketing, un peu comme a pu l’être le concept du web 2.0 (auquel le cloud est très lié); en effet, le web 2.0 reposait sur un socle prétendument innovant (Ajax en tête) mais dont les innovations étaient simplement des fonctionnalités déjà existantes, mais largement sous-exploitées. De la même manière, le cloud n’est qu’une mise à l’échelle au niveau internet de ce qu’on appelle l’architecture client léger : sur le poste client — votre ordinateur — vous n’avez quasiment qu’une interface de consultation, les données et les traitements s’effectuant sur une autre machine, quelque part.

Richard Stallman, guru s’il en est de l’open-source, a de nombreuses choses à dire au sujet du cloud qui, selon lui, n’est grosso modo qu’un paquet cadeau autour d’un outil déjà d’occasion et dont le but reste la propriété, au final.

Hein ?

J’explique; mais d’abord, prenons un exemple assez simple et classique d’une application typiquement cloud, un traitement de texte en ligne (type google documents). Vous allez sur le site des googledocs, vous vous identifiez (bien sûr, il vous faut un compte) et vous commencez à taper votre texte; vous mettez un titre, vous changez le style, vous insérez des images, vous sauvegardez régulièrement, etc.

Ce qui constitue les aspects démocratisant du cloud, ce qui a fait que l’usage est devenu courant pour nombre d’entre vous, ça tient dans les points suivants :

  • les pages ne doivent pas être rechargées à chaque action (ça, c’est Ajax);
  • les interfaces sont propres et efficaces (ça, c’est le CSS);
  • les documents sont accessibles depuis n’importe où, il suffit d’avoir un browser (ça, c’est internet).
Si on résume, le cloud = ajax + css + internet
C’est un peu simpliste, mais il y a de ça; ce qui a permis la prétendue révolution web 2.0, c’est la simplification des requêtes HTTP asynchrones en Javascript (ou Ajax), la gestion de la transparence qui permet des affichages beaucoup plus subtils qu’auparavant et l’arrivée de framework javascript du type Prototype (et son side-kick Scriptaculous) ou JQuery.

Ok, le cloud c’est joli…mais pourquoi la « propriété » ?

Vous avez enregistré votre googledoc, vous êtes content, vous pouvez le partager avec des amis (et vous avez de nombreux amis, vu que vous avez une page facebook); voici pèle-mêle mes premières questions :

  • où se trouve votre document ?
  • qui a accès à votre document ?
  • qui garantit votre document ?
Posons maintenant un problème plus complexe; vous êtes une entreprise, et vous confiez à un gros éditeur la mise en oeuvre de votre système d’information en « cloud », parce que vous avez la télévision et que vous ne souhaitez plus avoir l’air con que vous avez eu à persister à maintenir votre site minitel alors que vous n’aviez pas d’adresse email…cette fois, vous ne passerez pas à côté de la révolution.
Le gros éditeur vous met en place des outils de grands malades : ERP, CRM, BI, pilotage, intranet, extranet, des services « en veux-tu ? en voilà ! », il vous parle de Saas, de Paas, de Iaas, de Daas. Tout ça, c’est très bien.
Quinze à dix-huit mois plus tard, votre système est complètement déporté dans le cloud, vos données sont accessibles de n’importe où, vos clients peuvent passer des commandes en ligne (wow, incroyable…comme sur un site internet, en fait), etc.
Ma première question, d’où va découler une batterie d’autres question :
  • qu’est-ce qui, en dehors de vos collaborateurs, est le plus important pour votre entreprise ?
Si la réponse est : « l’information », voilà la dite batterie :
  • où sont vos informations ?
  • qui gère vos informations ?
  • qui garantit vos informations ?
  • pouvez-vous, à tout instant, verrouiller l’accès à vos informations ?
Bienvenue dans le cloud, vous êtes désormais l’esclave de votre prestataire, vos données ne sont plus physiquement chez vous (et ça, c’est mal).

C’est pas un peu simpliste, comme vision ?

Sans doute; et, à l’instar de Christophe Hondelatte, je peux encaisser les critiques (sauf qu’en vrai, je peux); aussi, je serais ravi d’entendre vos opinions sur le sujet.

Toutefois, avant de démarrer, posez-vous la question suivante, pour peu que vous ayez un compte facebook où un compte gmail : avez-vous déjà remarqué comme les publicités que vous voyez à droite et à gauche de vos page semblent être parfaitement liées aux contenus tout à fait personnels que vous avez sur vos pages ?

Bienvenue dans le cloud, bienvenue chez les clowns.

4 réponses à to “Cloud ou pas cloud ?”

  • GreG:

    +1

    (oui je sais comme contribution c’est un peu court, mais bon…)

  • Ludo:

    Les points soulevés sont tous justes, néanmoins le tout est très orienté « anti-cloud ».
    N’oublions pas que le cloud peut également être privé… on entre beaucoup moins dans la définition donnée dans l’article.

    Aussi, s’il est public, le cloud peut également être une alternative permettant une flexibilité plus importante sur l’architecture serveurs. Enfin, le cloud permet de se rapprocher physiquement de son audience (solution type CDN) mais c’est également une approche très particulière.

    Personnellement, je trouve que c’est une excellente option sur un projet dont la charge est très variable ou lorsqu’on cherche a dimensionner son propre parc sans connaitre la charge réelle.

  • Ludo, plusieurs choses concernant ton commentaire :
    - d’abord, salut ! ça fait longtemps…
    - ensuite, oui, c’est vrai, je ne suis globalement pas favorable au cloud et mon billet est assez orienté.

    Ceci étant, plusieurs compléments à tes remarques, selon moi :
    - le cloud en privé — tel que je l’entends, c’est-à-dire dans un réseau local ou dans un réseau plus généralement privé — pose énormément moins de problème, car l’administrateur du réseau est censé être le même que l’administrateur des serveurs, et donc conserve le contrôle des données;
    - ensuite, en effet, le cloud public offre beaucoup de flexibilité; ceci étant, cette flexibilité a des revers, et je distingue deux cas :
    – le cas du particulier, qui prend ses responsabilités en mettant « quelque part » des documents, des vidéos, etc.;
    – le cas du professionnel, qui prend des risques qu’il ne mesure pour ainsi dire jamais, en mettant « quelque part » des informations administratives, légales, comptables, commerciales, voire parfois (trop souvent) confidentielles, sans en avoir le contrôle.

    Ceci étant, d’un point de vue technique, d’accord pour dire que si le volume de données, de documents, ou si les nécessités de calculs sont variables, c’est une solution qui marche (mais la parallélisation, ou le fait d’ajouter un disque dur, tu reconnaîtras que ce n’est pas franchement une innovation).

    Bilan : je continue de penser que le cloud est une solution qui n’est pas innovante mais dont le paquet cadeau est neuf, ce qui pousse les gens à s’y rendre…

    Un peu comme si Apple packageait le minitel : je suis persuadé que les gens se jetteraient dessus…ça n’en resterait pas moins de la daube…

    PS/Challenge pour les graphistes parmi vous, designez le minitel selon Apple.

  • Ludo:

    Salut Bruce, ta réponse m’a fait sourire, car j’adhère totalement sur le fond du billet concernant le « refurb » d’une solution déjà existante. Je dirais que la seule valeur ajoutée sur du cloud public, c’est aujourd’hui cette surcouche calquée sur le modèle « SaaS » comme on peut le voir chez Gandi & co, ce genre de service permettant des instances ultra-flexibles sur son infra.

    Reste un problème, le coût. Pour des PME les solutions de housing sont souvent très couteuses. Et toutes les solutions de location sont alors à exclure pour des données sensibles. Sur ce point là, je n’ai pas de solution si ce n’est cette phase temporaire dans le cloud puis un retour sur du cloud privé lorsque les budgets peuvent décoller.

    Et sinon, merci beaucoup pour tes conseils d’il y a quelques années qui ont considérablement influencé mon orientation technique .